Du paradigme de l’éducation : une conférence très rafraîchissante de sir Ken Robinson, spécialiste de l’éducation, dont le visionnage pourra être utilement complété par celui de cette autre conférence du même, en 2006.
On est très tenté de reconnaître avec lui que l’école, conçue dans ses structures et principes fondamentaux à l’époque du productivisme triomphant, de la révolution industrielle, bien avant la massification, la mondialisation et l’effacement des cadres culturels traditionnels, ne correspond plus au besoin d’aujourd’hui. On sent bien aussi que sir Ken est dans le vrai lorsqu’il affirme que, des premières années de la vie à l’âge adulte, la plupart d’entre nous perd la véritable audace, l’imagination, la créativité. L’école en est-elle responsable ? En grande partie, sans doute, puisqu’elle est conçue pour façonner les esprits conformément à des programmes (quand on y songe, le choix du terme est édifiant). On a donc envie de partager sa frustration de voir un tel potentiel canalisé, bridé, refoulé… mais la réflexion emmène plus loin. Il ne s’agit pas seulement de mieux entretenir et développer le potentiel humain pour faire progresser globalement la société ; il s’agit, à supposer qu’on identifie les moyens pour y parvenir, de s’interroger aussi, préalablement à toute mise en œuvre, sur le changement radical de société auquel entraînerait un changement du paradigme de l’éducation, jusqu’à oser cette question : l’entière réalisation de l’individu est-elle une chance ou un risque pour la société ? Le primat de la créativité, de l’imagination, de l’autonomie, est-il compatible avec le maintien des règles nécessaires à la vie en commun ? Ces dernières seraient-elles encore supportables pour des esprits “éduqués” à, justement, sortir du cadre ? Inversement, comment refuser à un individu la chance d’être pleinement lui-même ?
Du paradigme au paradoxe, la réflexion de sir Ken Robinson soulève plus de question qu’elle en a l’air…
